[DIGITAL Business Africa] – Le dossier du scanning des conteneurs au Port de Douala-Bonabéri continue de révéler les tensions entre autorités portuaires, administration centrale et opérateurs privés. Dans une correspondance datée du 04 février 2026 et classée « Confidentiel », Patricia Elder Nzondjou Nzeale, la directrice générale de SGS Cameroun S.A. répond formellement à une précédente lettre de Cyrus Ngo’o, directeur général du Port autonome de Douala (PAD), qui proposait, entre autres, d’examiner l’hypothèse d’une collaboration entre SGS et la société TransAtlantic D. SA.

Cette réponse de SGS intervient dans un contexte politique sensible, marqué par l’arbitrage de la Primature en faveur du maintien de SGS comme opérateur de scanning, au détriment de TransAtlantic D. SA, dont l’introduction au Port de Douala-Bonabéri avait été activement soutenue par la direction du PAD.

La lettre du DG du PAD : relancer le débat via une « collaboration » SGS – TransAtlantic

Quelques jours avant la correspondance de SGS, le Directeur général du PAD avait officiellement saisi la Directrice générale de SGS Cameroun S.A. pour l’inviter à une séance de travail au Port autonome de Douala, le 04 février 2026.
Dans cette lettre, le DG du PAD ne se limitait pas à l’organisation technique de la reprise du scanning par SGS. Il proposait également d’inscrire à l’ordre du jour l’examen :

  • de l’impact des activités de scanning sur les délais de passage portuaire ;
  • des conditions d’occupation du domaine portuaire par SGS ;
  • et surtout, de l’hypothèse d’une collaboration entre SGS Cameroun S.A. et TransAtlantic D. SA.

Cette initiative du PAD a été perçue par plusieurs sources institutionnelles comme une tentative de maintenir TransAtlantic dans le jeu, malgré l’arbitrage politique déjà intervenu en faveur de SGS.

L’arbitrage de la Primature : SGS maintenue, TransAtlantic écartée

Pour comprendre la fermeté de la réponse de SGS, il faut rappeler que la réunion tenue à la Primature le 29 janvier 2026, sous l’autorité du Premier ministre, Chef du Gouvernement, avait acté la poursuite des opérations de scanning par SGS au Port de Douala-Bonabéri.

Dans la foulée de cette réunion, le Secrétaire général des Services du Premier ministre avait, par courrier officiel du 30 janvier 2026, instruit que toute rencontre avec SGS soit exclusivement consacrée aux modalités pratiques de la reprise effective du scanning, à compter du 30 janvier 2026.

C’est ce cadre que SGS invoque pour refuser toute discussion de fond sur une collaboration avec TransAtlantic.

La réponse de SGS : un recadrage net du PAD

Dans sa lettre du 04 février 2026, la DG de SGS rappelle explicitement au DG du PAD que :

  • la rencontre demandée par le PAD doit se limiter aux modalités pratiques de la reprise du scanning par SGS ;
  • toute discussion sur l’avenir du dispositif de scanning, son cadre juridique, contractuel ou institutionnel, relève du Gouvernement, représenté par le ministère des Finances ;
  • la question d’une collaboration SGS – TransAtlantic sort du périmètre des échanges techniques et ne relève pas de la compétence du PAD.

En clair, SGS considère que le PAD n’a ni la compétence juridique ni le mandat politique pour relancer, sous couvert de « collaboration », un débat déjà tranché par la Primature.

Un bras de fer institutionnel en arrière-plan

Cette séquence met en lumière un bras de fer institutionnel plus large :

  • Le PAD, gestionnaire de l’infrastructure portuaire, cherche à peser sur l’architecture du dispositif de scanning, au nom de la fluidité portuaire et de la compétitivité logistique.
  • Le MINFI, en tant que représentant de l’État dans le contrat liant le Cameroun à SGS, conserve la main sur le choix de l’opérateur et sur les orientations contractuelles.
  • La Primature arbitre en dernier ressort les divergences entre institutions, en tenant compte des enjeux budgétaires, sécuritaires et diplomatiques.
  • SGS s’aligne sur les instructions de la Primature, tout en rappelant qu’elle n’a pas vocation à renégocier son mandat avec le PAD.
  • TransAtlantic, enfin, apparaît comme la grande perdante de cet arbitrage, malgré les soutiens dont elle semblait bénéficier dans certains cercles portuaires.

Ce que révèle vraiment l’épisode SGS – PAD – TransAtlantic

Au-delà du cas spécifique du scanning, cet épisode révèle les fragilités de la gouvernance portuaire au Cameroun, marquée par :

  • des chevauchements de compétences entre autorités portuaires et administration centrale ;
  • des tentatives de repositionnement d’acteurs privés par des canaux institutionnels parallèles ;
  • et une centralisation croissante des arbitrages stratégiques à la Primature sur les dossiers sensibles.

Dans un contexte de réformes portuaires, de modernisation logistique et de recherche de compétitivité internationale du Port de Douala-Bonabéri, la clarté des chaînes de décision devient un enjeu de crédibilité pour l’État camerounais vis-à-vis des investisseurs et des partenaires techniques.

Par Digital Business Africa