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Written by: Samira Njoya

La cybercriminalité en Afrique connaît une recrudescence inquiétante, avec des arnaques de plus en plus sophistiquées touchant prêts mobiles, investissements frauduleux et services en ligne. Ces attaques menacent les économies, la confiance numérique et la sécurité des populations.

Interpol, l’Organisation internationale de police criminelle, a annoncé le mercredi 18 février 2026 l’arrestation de 651 personnes et la récupération de plus de 4,3 millions de dollars dans le cadre de l’opération Red Card 2.0, menée entre le 8 décembre 2025 et le 30 janvier 2026 dans 16 pays africains. L’action ciblait les infrastructures et les acteurs derrière les arnaques à haut rendement, la fraude à l’argent mobile et les applications de prêts frauduleuses. Elle a permis d’identifier 1247 victimes, pour des pertes estimées à plus de 45 millions de dollars.

« Ces syndicats cybercriminels organisés infligent des préjudices financiers et psychologiques dévastateurs aux individus, aux entreprises et aux communautés entières avec leurs fausses promesses. L’opération Red Card souligne l’importance de la collaboration dans la lutte contre la cybercriminalité transnationale », a déclaré Neal Jetton, directeur de la cybercriminalité à Interpol.

Dans les cas clés, les forces de l’ordre ont agi de manière ciblée. Au Nigeria, plus de 1000 comptes frauduleux ont été fermés et une propriété résidentielle servant de base aux opérations a été confisquée. Au Kenya, 27 arrestations ont été effectuées dans le cadre de stratagèmes d’investissement frauduleux diffusés via messagerie et réseaux sociaux, avec des victimes attirées par de faux rendements et des relevés de compte falsifiés. En Côte d’Ivoire, 58 personnes ont été arrêtées et 240 téléphones portables, 25 ordinateurs portables et plus de 300 cartes SIM ont été saisis dans une opération ciblée contre la fraude aux prêts mobiles touchant principalement les populations vulnérables.

Cette initiative est la suite de l’opération Red Card, menée entre novembre 2024 et février 2025, qui avait déjà permis l’arrestation d’environ 300 cybercriminels et la saisie de près de 2000 appareils dans sept pays africains, tandis que plusieurs milliers de victimes d’escroqueries aux services bancaires mobiles, aux investissements frauduleux et aux arnaques par messagerie avaient été recensées.

L’opération Red Card 2.0 s’inscrit dans un contexte de forte augmentation de la cybercriminalité en Afrique, alimentée par l’adoption rapide des technologies numériques et les lacunes en matière juridique, de formation et de moyens techniques. Selon le Rapport d’évaluation de la cybermenace en Afrique d’Interpol, la criminalité liée au cyberespace représente désormais plus de 30 % des infractions signalées dans certaines régions d’Afrique de l’Ouest et de l’Est, et la majorité des pays appelle à un renforcement significatif des capacités de lutte contre ces crimes.

Les pertes financières liées à la cybercriminalité constituent également une menace croissante pour les économies africaines. Selon des estimations compilées à partir de rapports internationaux, la cybercriminalité aurait coûté au moins 3 milliards de dollars entre 2019 et 2025 à divers pays du continent, avec des coûts potentiellement plus élevés en tenant compte des pertes indirectes, comme la perte de productivité, l’atteinte à la réputation et les frais de restauration des systèmes.

Samira Njoya

Edité par Sèna D. B. de Sodji

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