Written by: Samira Njoya
La santé numérique connaît une accélération en Afrique, portée par la volonté des États de moderniser leurs systèmes sanitaires et de mieux exploiter les données médicales. Elle transforme progressivement la gestion des soins et la prise de décision publique.
Le Tchad amorce une transition vers le dossier médical électronique, avec l’appui technique de la société rwandaise HISP. Une solution numérique de gestion des dossiers médicaux a été présentée le mercredi 15 avril aux autorités tchadiennes. Ce système vise à remplacer les supports physiques par une architecture numérique intégrée. L’enjeu est de structurer des données fiables, exploitables à la fois pour le suivi des patients et pour la prise de décision au niveau des établissements de santé.
Concrètement, la mise en place de ce dossier médical informatisé vise à améliorer le suivi du parcours des patients, à renforcer la coordination entre les établissements de santé et à optimiser la gestion des services hospitaliers. Elle contribue également à réduire la charge administrative des professionnels de santé, tout en facilitant l’accès à des données fiables et en temps réel pour appuyer la prise de décision. Le système est par ailleurs conçu pour s’intégrer aux plateformes nationales existantes, notamment DHIS2, afin de garantir une meilleure interopérabilité des données.
Acteur clé du dispositif, HISP Rwanda développe et déploie des systèmes d’information de santé dans plusieurs pays africains. L’organisation accompagne les États dans la collecte, l’analyse et l’exploitation des données sanitaires, afin de renforcer la planification et la performance des systèmes de santé. Au Tchad, son intervention vise à structurer un système capable de soutenir la gestion hospitalière et d’améliorer la continuité des soins.
Cette initiative s’inscrit dans une dynamique plus large à l’échelle du continent. Selon un rapport de McKinsey & Company, les solutions de santé numérique pourraient permettre aux systèmes de santé africains de réduire jusqu’à 15 % de leurs dépenses totales, notamment en limitant les doublons et en optimisant l’allocation des ressources. Par ailleurs, plus de 60 % des pays africains disposent déjà d’une stratégie nationale de e‑santé ou sont en cours de déploiement, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et l’Union africaine (UA). Le contexte reste toutefois marqué par des fragilités structurelles. L’OMS souligne que la fragmentation des données, la faible numérisation et le manque d’interopérabilité limitent encore l’exploitation efficace de l’information sanitaire.
Au‑delà des gains techniques, l’enjeu est aussi stratégique. Une meilleure utilisation des données permet d’améliorer le pilotage des politiques publiques, d’optimiser les ressources et de renforcer la résilience des systèmes de santé. Pour le Tchad, ce partenariat pourrait ainsi constituer une étape structurante vers un système davantage piloté par la donnée.
Samira Njoya
Edité par Sèna D. B. de Sodji
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