Written by: Samira Njoya
Face à la montée en puissance de l’intelligence artificielle, le Burundi pose les bases d’un cadre national pour encadrer son développement. Avec une stratégie dédiée, les autorités cherchent à structurer l’écosystème local et à capter les gains économiques liés à l’exploitation des données.
Le Burundi accélère son positionnement sur les technologies émergentes. Le pays a validé, le mercredi 22 avril à Bujumbura, sa Stratégie nationale sur l’intelligence artificielle pour la période 2025‑2030. Portée par le ministère des Finances, du Budget et de l’Économie numérique avec l’appui du Programme des Nations unies pour le développement, cette feuille de route vise à faire de l’intelligence artificielle un outil opérationnel au service de la gouvernance, de la croissance et de la modernisation des services publics.
Une stratégie structurée autour de six priorités
Le premier pilier concerne la gouvernance. Il prévoit la création d’organes de pilotage, l’élaboration d’une charte d’éthique et l’adaptation du cadre réglementaire, afin d’encadrer le développement de l’IA. Cette dimension est complétée par un volet spécifique consacré à l’éthique, à l’inclusion et à la durabilité, avec des mécanismes de contrôle des algorithmes, la prise en compte des langues locales et la promotion d’une IA responsable.
Sur le plan technique, la stratégie met l’accent sur le renforcement des infrastructures numériques et des capacités de gestion des données. Elle prévoit notamment la modernisation des centres de données, la mise en place de hubs sectoriels et le développement de solutions de cloud souverain, en parallèle de l’extension des réseaux télécoms.
Le développement du capital humain constitue un autre axe central. Le gouvernement ambitionne d’adapter les formations universitaires aux métiers de l’IA, de former plus de 1000 agents publics et de soutenir l’émergence de talents, notamment à travers des programmes ciblant les jeunes et les femmes.
En parallèle, un accent particulier est mis sur l’innovation et l’entrepreneuriat. La stratégie prévoit la création de mécanismes de financement dédiés, l’installation d’incubateurs dans plusieurs villes et la mise en place d’incitations pour soutenir l’émergence de start‑up spécialisées dans l’intelligence artificielle.
Enfin, l’approche retenue privilégie des applications concrètes. Une quinzaine de projets pilotes doivent être déployés dans des secteurs clés comme la santé, avec des outils d’aide au diagnostic et de télémédecine, ou l’agriculture, via des systèmes d’alerte climatique et de conseil aux producteurs. L’objectif est de démontrer rapidement l’impact de ces technologies sur la productivité et les services publics.
Un positionnement encore en construction
Malgré ces ambitions, le Burundi part d’un niveau de maturité encore limité en matière d’infrastructures numériques et de valorisation des données. Comme dans plusieurs économies africaines, les enjeux portent sur la disponibilité des données, l’interopérabilité des systèmes et la mise en place de cadres réglementaires adaptés. La stratégie adoptée vise précisément à structurer ces fondations, en alignant les investissements, les compétences et les usages autour d’une vision cohérente. Elle s’inscrit également dans la Vision 2040‑2060 du pays, qui identifie le numérique comme un moteur de transformation économique.
Une fois mise en œuvre, cette stratégie permettra au pays de rejoindre des États africains ayant déjà structuré leur approche de l’intelligence artificielle, comme le Rwanda, le Sénégal, le Maroc ou le Bénin. Dans un contexte de compétition autour de la donnée et des technologies avancées, l’enjeu sera désormais de traduire cette ambition en déploiements concrets capables de générer des gains économiques mesurables.
Samira Njoya
Edité par Sèna D. B. de Sodji
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