Written by: Samira Njoya
Alors que les outils d’IA capables de créer des images et vidéos hyperréalistes se démocratisent, le Bénin alerte contre les risques d’usurpation d’identité, de manipulation et d’atteinte à la réputation. Les contrevenants s’exposent à de lourdes sanctions prévues par le Code du numérique.
Le Centre national d’investigations numériques (CNIN) du Bénin a rappelé, vendredi 29 août, les sanctions encourues en cas d’utilisation de l’intelligence artificielle pour modifier, générer ou diffuser l’image d’une personne sans son autorisation. Selon l’institution, ces pratiques constituent une atteinte au droit à l’image et sont passibles de poursuites sur la base de l’article 576 du Code du numérique. Les contrevenants s’exposent à une peine maximale de cinq ans d’emprisonnement et à une amende de 25 millions FCFA (environ 44 400 $).
Cette mise en garde intervient dans un contexte de démocratisation rapide des outils d’intelligence artificielle générative capables de produire des images, des vidéos ou des contenus audiovisuels de plus en plus réalistes. Les technologies dites de deepfake permettent notamment de remplacer le visage d’une personne, de modifier ses propos ou de créer de fausses scènes susceptibles d’être utilisées à des fins de manipulation, de diffamation, d’escroquerie ou d’atteinte à la réputation. Des chercheurs alertent depuis plusieurs années sur la difficulté croissante à distinguer les contenus authentiques des contenus générés artificiellement.
Une menace croissante pour les autorités
Le rappel du CNIN s’inscrit dans un contexte plus large de renforcement de la lutte contre la cybercriminalité au Bénin. Selon les chiffres communiqués par le procureur spécial de la CRIET en octobre 2024, les procédures liées à la cybercriminalité sont passées de 347 en 2022 à 415 en 2023, puis à 576 dossiers enregistrés au 17 septembre 2024.
Les autorités béninoises ont également multiplié les opérations contre les réseaux d’arnaques en ligne et les usurpations d’identité sur les réseaux sociaux. En 2024, le CNIN avait notamment annoncé la désactivation d’environ 600 faux comptes utilisés dans des escroqueries sentimentales ou des arnaques liées au maraboutage.
Des enjeux qui dépassent les deepfakes
Au‑delà de la question du droit à l’image, les deepfakes s’inscrivent dans un ensemble plus vaste de cybermenaces qui préoccupent de plus en plus les gouvernements africains. Selon Interpol, les escroqueries en ligne, les fraudes numériques, les rançongiciels et les usurpations d’identité figurent parmi les principales menaces recensées sur le continent. Entre 2019 et 2025, les pertes financières liées à la cybercriminalité en Afrique sont estimées à plus de 3 milliards de dollars.
Dans ce contexte, les autorités béninoises cherchent à prévenir l’utilisation abusive des nouveaux outils d’intelligence artificielle avant qu’ils ne deviennent un vecteur supplémentaire de fraude et de désinformation. Pour les régulateurs, l’enjeu consiste désormais à trouver un équilibre entre l’essor des technologies d’IA générative et la protection des droits des citoyens dans l’espace numérique.
Samira Njoya
Edité par Sèna D. B. de Sodji
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