maurice-accelere-sa-riposte-contre-les-cyberarnaques-avec-un-projet-de-verification-d-identite

Written by: Samira Njoya

Face à la multiplication des arnaques numériques, des usurpations d’identité et des contenus illicites sur Internet, Maurice envisage de mettre en place un mécanisme de vérification d’identité pour les utilisateurs des réseaux sociaux. Une initiative qui intervient alors que les signalements de cyberincidents continuent de progresser dans le pays.

Le gouvernement mauricien entend renforcer la traçabilité des activités sur les réseaux sociaux. Le ministère des Technologies de l’information, de la Communication et de l’Innovation prévoit d’engager des consultations avec les différentes parties prenantes en vue de mettre en place un mécanisme de vérification d’identité des utilisateurs des plateformes numériques. L’initiative a été annoncée à l’issue du Conseil des ministres du vendredi 5 juin.

Les autorités justifient cette réflexion par la recrudescence des abus commis en ligne. Sont notamment visés les faux profils, l’usurpation d’identité, la diffusion de fausses informations, les contenus haineux ou diffamatoires, ainsi que les fraudes numériques et les contenus liés à l’exploitation sexuelle des enfants.

Selon le ministre Avinash Ramtohul, plus de 2300 cas de préjudices en ligne ont déjà été signalés depuis le début de l’année 2026. Les escroqueries reposant sur l’ingénierie sociale figurent parmi les menaces les plus préoccupantes. Elles consistent notamment à tromper les victimes afin d’obtenir des codes de vérification ou des informations personnelles permettant de prendre le contrôle de comptes de messagerie ou de réseaux sociaux.

Cette initiative intervient dans un contexte de pression croissante sur les autorités mauriciennes. D’après les données présentées par le Computer Emergency Response Team de Maurice (CERT-MU), 6073 incidents cybernétiques ont été recensés dans le pays en 2025, dont 913 cas de fraudes et d’escroqueries numériques.

Les services chargés de la lutte contre la cybercriminalité font également état d’une hausse continue des dossiers traités. Entre janvier 2023 et janvier 2026, plus de 930 affaires liées à des escroqueries et fraudes en ligne ont été instruites par les autorités, conduisant à 130 arrestations.

Au-delà de la lutte contre la fraude, le projet soulève toutefois des questions liées à la protection de la vie privée et à la liberté d’expression. Plusieurs pays africains expérimentent déjà des mécanismes visant à renforcer l’identification des internautes. Au Gabon, par exemple, une ordonnance publiée en avril 2026 a mis fin à l’anonymat sur les plateformes numériques. Les utilisateurs doivent désormais fournir des informations permettant leur identification, notamment leur nom, leur domicile et leur Numéro d’identification personnel (NIP), dans le cadre d’un dispositif destiné à lutter contre la désinformation, les contenus illicites et les abus en ligne.

Pour Maurice, l’enjeu sera de trouver un équilibre entre sécurité numérique et respect des libertés individuelles. Les consultations annoncées devront notamment déterminer les modalités techniques du dispositif, son articulation avec les plateformes internationales et les garanties offertes en matière de protection des données personnelles. Alors que les cybermenaces gagnent en sophistication, les autorités cherchent à renforcer la confiance dans l’espace numérique sans compromettre les droits fondamentaux des internautes.

Samira Njoya

Edité par Sèna D. B. de Sodji

Lire aussi:

Réseaux sociaux: au Gabon, les utilisateurs doivent désormais s’identifier formellement