Written by: Samira Njoya
Longtemps freiné par le déficit d’infrastructures et la faible numérisation de ses services publics, le Tchad multiplie les démarches pour attirer des partenaires technologiques internationaux. Une mission menée aux États‑Unis illustre cette volonté.
Le Tchad intensifie ses démarches pour nouer des partenariats avec les grandes entreprises technologiques mondiales. En mission à Washington du samedi 23 au dimanche 31 mai, une délégation gouvernementale conduite par le ministre des Télécommunications, de l’Économie numérique et de la Digitalisation, Haliki Choua Mahamat, a mené de nombreux échanges avec plusieurs acteurs américains du numérique, des infrastructures et de la santé connectée. L’objectif est de mobiliser des expertises et des investissements capables d’accélérer la transformation numérique du pays.
Au cours de cette mission, les autorités tchadiennes ont rencontré des représentants du Département d’État américain, du Département du Commerce ainsi que plusieurs entreprises technologiques de premier plan, parmi lesquelles InterSystems, Starlink, Cybastion, Vertiv et 19Labs. Les discussions ont porté sur plusieurs projets structurants liés à l’amélioration de la connectivité, à la modernisation des infrastructures numériques, à la cybersécurité, à la numérisation des services publics et au développement de la santé numérique.
L’un des dossiers les plus sensibles a concerné les services satellitaires de Starlink. Face aux responsables de l’entreprise de SpaceX, les autorités tchadiennes ont soulevé la question de la qualité du service fourni au Tchad ainsi que celle des tarifs pratiqués, jugés supérieurs à ceux pratiqués sur d’autres marchés africains. Pour N’Djamena, l’amélioration de l’accès à Internet reste un enjeu crucial dans un pays où les infrastructures télécoms demeurent insuffisantes pour répondre à la demande croissante des administrations, des entreprises et des particuliers.
Cette offensive diplomatique intervient alors que le gouvernement tchadien cherche à faire du numérique l’un des leviers de diversification économique du pays. Malgré des progrès enregistrés ces dernières années, le Tchad figure encore parmi les pays les moins avancés du continent en matière de connectivité et de développement numérique. Selon l’Union internationale des télécommunications (UIT), le taux de pénétration d’Internet demeure inférieur à la moyenne africaine, tandis que l’accès aux services numériques reste particulièrement limité dans les zones rurales.
Les autorités misent également sur le numérique pour moderniser le système de santé. Les échanges avec plusieurs institutions américaines spécialisées ont notamment porté sur la numérisation des cinq centres hospitaliers universitaires du pays, des 23 hôpitaux régionaux et de plus de 1000 centres de santé. L’ambition est d’améliorer la gestion des données médicales, le suivi des patients et l’accès aux soins grâce aux technologies numériques.
Au‑delà des infrastructures, le gouvernement tchadien cherche aussi à renforcer les compétences locales. Les discussions engagées avec les partenaires américains incluent des programmes de formation et de transfert de technologies destinés à développer un vivier national de compétences dans les domaines du numérique, de l’intelligence artificielle et de la cybersécurité. Un enjeu crucial pour un pays qui souhaite réduire sa dépendance technologique et bâtir un écosystème numérique capable de soutenir sa stratégie de modernisation économique.
Avec cette mission de prospection, le Tchad cherche ainsi à se positionner sur la carte des partenariats technologiques internationaux. Reste désormais à transformer les discussions engagées à Washington en projets concrets capables d’améliorer durablement la connectivité, les services publics et la compétitivité de l’économie nationale.
Samira Njoya
Edité par Sèna D. B. de Sodji
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