[Digital Business Africa] – Face à la montée des crises et à la prolifération des fausses informations, Kinshasa s’impose comme un nouveau carrefour du débat sur l’avenir des médias en Afrique centrale. Les 30 et 31 mars, la capitale congolaise a accueilli la première édition du sommet Eleza Fact, articulée autour d’un enjeu clé : « Repenser l’information en temps de crise, l’intelligence artificielle et l’éducation numérique pour les cinq prochaines années ».
Chercheurs, journalistes, décideurs publics et acteurs de la société civile y ont confronté leurs analyses sur les mutations profondes de l’écosystème informationnel dans la région.
Dès les premières discussions, un constat s’est imposé : le journalisme en Afrique centrale fait face à des vulnérabilités structurelles, entre pressions économiques, défis d’indépendance et mutation des usages numériques.
Des experts, parmi lesquels Laurent Bigot, directeur de l’École supérieure de journalisme de Tours, ont insisté sur la nécessité de renforcer les standards professionnels et la crédibilité des médias dans un environnement informationnel de plus en plus saturé.
Présent lors du sommet, Patrick MUYAYA, ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement congolais, a appelé à une mobilisation collective :
« La meilleure manière de combattre la désinformation est de se mettre en coalition : gouvernement, professionnels des médias et société civile. »Dans la même dynamique, il a plaidé pour une responsabilisation des citoyens face à l’information :
« Chacun doit instaurer un doute méthodique face à toute information qu’il reçoit, car cela permet de briser la chaîne de désinformation. »
L’un des temps forts du sommet a été consacré aux initiatives locales de lutte contre la désinformation, mettant en lumière des solutions adaptées aux réalités linguistiques et culturelles de l’Afrique centrale.
Des organisations comme Lokuta Mabe (Kinshasa News Lab), Studio Hirondelle et Soma Lab ont partagé leurs expériences de terrain, démontrant que l’innovation locale constitue un levier clé pour restaurer la confiance dans l’information.
Des experts internationaux et régionaux, dont Claudine Ndaya (UNESCO), Bilal Tairou (Code for Africa) et Bavon Tangunza (OMS), ont convergé sur un point essentiel : la nécessité de bâtir une architecture informationnelle durable, où la vérification des faits devient un pilier du développement.

Au cœur des débats, la question de la viabilité économique des médias s’est imposée comme un enjeu stratégique.
Patrick Maki, rédacteur en chef d’ACTUALITE.CD, a rappelé que la durabilité du journalisme repose sur des fondations solides :
« Un organe de presse capable de produire de manière durable un journalisme indépendant, factuel et de qualité […] implique une diversification des revenus, une gouvernance éthique et une forte adéquation avec les besoins de son audience, essentielle à la démocratie. »
Les ateliers ont également mis en lumière l’impact critique de la désinformation dans le domaine de la santé publique, notamment à travers des cas observés au Cameroun et les réponses apportées par l’OMS en RDC lors de crises sanitaires.
Un panel animé par Patient Ligodi (RFI) a donné la parole à des femmes journalistes et activistes, dont Nicole Bahati et Rose Mathe, qui ont dénoncé la désinformation genrée et le cyberharcèlement. Leur plaidoyer est sans équivoque : la protection des voix féminines dans l’espace informationnel est une condition essentielle pour construire des sociétés plus équitables et résilientes.
Au fil des échanges, une conviction s’est dégagée : l’avenir de l’information en Afrique centrale reposera sur trois leviers structurants : l’éducation numérique, l’innovation locale et la protection des journalistes.
Les participants ont également découvert de nouveaux outils de fact-checking, dont celui développé par Eleza Fact, intégrant des approches innovantes, notamment liées à l’intelligence artificielle.
Dans un contexte marqué par des crises multiples, ces technologies apparaissent comme des alliées incontournables pour restaurer la confiance et garantir une information fiable.
Clôturant les travaux, les participants ont lancé un appel collectif à renforcer les stratégies de lutte contre la désinformation, soulignant que seule une approche coordonnée et durable permettra de relever les défis informationnels de demain.
Par Loic SOUOP