[DIGITAL Business Africa] – Invité ce matin sur le plateau de l’émission Sacré Matin sur Balafon TV, Banda Kani, figure politique bien connue, a livré un diagnostic sans concession sur la gestion du cyberespace camerounais. Pour lui, l’État semble avoir démissionné face à la « jungle » des réseaux sociaux, mettant en péril non seulement l’image de marque du pays, mais aussi l’équilibre mental des futures générations.
Un État « consommateur » face au défi stratégique
Pour Banda Kani, le problème racine est l’absence de vision souveraine sur les outils numériques. Il déplore que le Cameroun subisse la technologie au lieu de la piloter.
« Les Africains dans les réseaux sociaux, c’est quoi ? On consomme comme on consomme le portable. Le premier consommateur, c’est l’État lui-même. Il faut un projet stratégique en matière du numérique dans notre pays. »
L’invité souligne un paradoxe flagrant : alors que le Chef de l’État avait annoncé la création d’une « armée numérique », le désordre semble s’être généralisé, alimenté par la fuite récurrente de documents confidentiels qui inondent les plateformes. Selon lui, cette porosité numérique est la preuve d’une « faiblesse stratégique » où les outils de l’État sont détournés pour des batailles de clans internes.
Un cadre législatif jugé obsolète
Interrogé sur le rôle des institutions de régulation comme l’ANTIC, Banda Kani se montre sceptique. S’appuyant sur des échanges avec des experts en cybersécurité, il affirme que l’arsenal juridique actuel est totalement déconnecté de la vitesse du web.
« Le dispositif législatif est très faible. Et ça se traduit par l’excès de laisser-aller qui fait loi dans nos réseaux sociaux. Un État doit se protéger parce que pour protéger tout le monde, il faut que l’État soit en mesure de se protéger lui-même. »
Il appelle à une « fermeté extrême » et à un renforcement de l’écosystème juridique pour mettre fin au sentiment d’impunité qui règne sur la toile, où « n’importe quel quidam peut s’attaquer à l’honneur d’un citoyen » en un clic.
Le numérique, entre menace et opportunité de développement
Au-delà de la répression, c’est la question de l’éducation et de la maîtrise de l’outil qui préoccupe Banda Kani. Citant l’exemple de la Chine, il plaide pour une régulation stricte de l’accès aux réseaux sociaux, notamment pour les mineurs, afin de préserver « l’architecture mentale » des enfants face à la puissance dévastatrice des écrans.
Banda Kani prévient donc que le numérique est une arme à double tranchant dont le Cameroun doit impérativement reprendre le contrôle.
« L’outil numérique est très puissant. Ça va vite, très vite. Ça peut être un puissant moyen de relever nos sociétés, mais s’il n’y a pas un véritable projet stratégique, ça va être le moyen par lequel on va nous déstabiliser. »

Par Loic SOUOP